Deux exceptions qui n’ont pas trouvé preneur chez RM Sotheby’s. Une vente aux enchères, c’est comme une partie de poker. Certains gagnent et d’autres perdent. Le plateau réuni par RM Sotheby’s pour sa vente parisienne offrait un vaste de choix d’automobiles, de tout âge et de tout type.L’enchérisseur, cependant, reste le seul maître du jeu. Et, malgré un palmarès impressionnant ou une présentation exceptionnelle, toutes n’ont pas gagné. Faisons ensemble le tour de quelques rires et de flots de larmes.

Elles n’ont pas trouvé grâce aux yeux des investisseurs.

Face à face sur le podium, les deux reines de la vente. A ma gauche, une Ferrari 156 MM Spider de 1953 à carrosserie unique. Participation aux Mille Miglia, conduite par Kirk Douglas en 1955 dans le film Le Cercle Infernal et la seule 156 MM sous cette forme. Un monument historique à ne pas laisser passer. A ma droite, une ISO Grifo A3/C de 1964 dont l’histoire est connue depuis son origine. Cerise sur le gâteau, elle a appartenu au rockeur français récemment disparu Johnny Hallyday.

De plus ce modèle est une version compétition de la Grifo : carrosserie allégée, distribution des masses modifiée et position du moteur reculée. Que demander de plus pour attirer les collectionneurs désireux d’avoir dans leur parc automobile une ou deux voitures uniques. Dernier détail pour les plus impétueux enchérisseurs : la 156 MM a été proposée entre 3 700 000 et 4 500 000 euros et la A3/C entre 2 500 000 et 3 000 000 euros. Que se passa-t-il ? L’ambiance n’était-elle pas au rendez-vous lors de cette vente chez RM Sotheby’s ? Toujours est-il que ni l’une ni l’autre n’atteignirent leur prix de réserve et rejoignirent donc la file des invendus de cette vente aux enchères si prometteuse. Foin de mauvaise humeur et intéressons-nous à ce qui a trouvé chaussure à son accélérateur.

Désirable et désirée, un clin de phare pour changer de propriétaire.

Moins titrées que les deux vedettes, tout de rouge vêtues, elles ont su aguicher, par leur galbe et leur robe, des amateurs friands de belles carrosseries. A part une Bugatti Chiron de 2017, que je ne considère pas comme une voiture de collection même si sa rareté peut tromper sur sa véritable identité, plusieurs ont retenu mon attention. Notamment, une Maserati MC 12 – 50 exemplaires construits – a eu plus de deux millions de raisons pour charmer son nouveau propriétaire.

Plus ancienne et plus désirable, une BMW 507 1958 Série II – 254 exemplaires entre 1955 et 1959 – d’un blanc immaculé avec un intérieur en cuir blanc et noir. Cette 507 a été bichonnée par ses deux propriétaires depuis sa première mise en circulation le 23 avril 1958. Une histoire exceptionnelle que je vous laisserai lire sur le site de RM Sotheby’s (pour ceux que cela intéresse).

Parmi les élues, une Chevrolet Corvette Stingray Split Window

RM Sotheby’s Place Vauban – Chevrolet Corvette Split Window

Ce ne sont pas les seules belles à avoir fait tourner des têtes. Citons l’OSCA 2000 S de 1953 construite à seulement trois exemplaires avec cette carrosserie Morelli. Parlons aussi de cette Maserati Mistral 4.0 L Spyder par Frua de 1967 fabriquée à 37 exemplaires et qui s’est envolée à plus de 700 000 euros. Au total, douze voitures au-dessus de 500 000 euros sont parties vers de nouveaux cieux. Et puis, il y a celles à l’autre bout de la vente. Les petits montants : une Autobianchi Bianchina Eden Roc Cabriolet de 1967 qui a changé de mains pour 16 000 euros. Une BMW 633 CSI, ayant appartenu à Björn Ulvaeus du groupe ABBA, a trouvé son nouveau propriétaire pour 34 500 euros.

Et puis, je me suis arrêté un instant auprès de cette Alfa Roméo Giulietta TI de 1957 bleu ciel ou encore de cette très belle Chevrolet Corvette Stingray de 1963 en version Split Window Coupé, sans oublier une Porsche 912, immobilisée pendant 30 ans. Un vrai conte de Noël. Eh oui, c’est le cadeau de Noël 1965 qu’une épouse a fait à son mari. Après avoir fourni de bons et loyaux services pendant 20 ans, elle changea de propriétaire en 1986. Deux ans plus tard, elle fut entreposée au sec et vient, comme par magie, de revenir à la vie pour être présentée à la vente RM Sotheby’s. En l’état, intérieur d’origine et patine avec poussière garantie ! Une bonne révision et un polish lui rendront à coup sûr sa jeunesse.

Et puis, restent les non désirées.

Dans toute vente aux enchères, il y a les gagnantes et les perdantes. Et de celles-ci, personne n’en parle ou presque. Nous allons donc en parler. Les prix ont-ils été surestimés ? Les voitures sont-elles trop récentes ou trop vieilles ? Les raisons de leur disgrâce sont sans doute multiples et diverses et nous ne les connaîtrons peut-être jamais. Et pourtant, certaines sont très désirables. Prenons la Porsche 911 Carrera 2.7 MFI Jubiläum de 1975. Seulement 25 exemplaires – sur les 484 exemplaires produits – ont reçu cette motorisation. Cette série limitée offre un extérieur gris métallisé et une sellerie noire et bleu foncé, en simili et tissu chiné. Alors que la version Jubiläum est équipée du moteur 2.7 L. de 175 chevaux, 25 exemplaires sont équipés du Carrera MFI poussé à 210 chevaux.

Et pourtant pas d’amateur à 250 000 euros ! Et que penser de cette exceptionnelle version Spyder de la Maserati 3500 GT, carrossée par Vignale et produite à 250 exemplaires. Mise à prix à 700 000 euros et, malgré ses rares jantes Borrani à rayons et sa présentation particulièrement soignée, elle n’a pas su aguicher le passant, sans doute à cause du trop grand nombre de modifications qu’elle a subies et de ses multiples propriétaires. Née avec une injection, elle passa aux carburateurs au milieu des années 90. Noire intérieur champagne, elle devint noire intérieur noir et aujourd’hui elle retrouve une livrée noire et un intérieur beige. Sans doute, trouvera-t-elle dans un proche avenir un nouveau toit. Elle est, en effet, très désirable dans cette combinaison de couleurs.