Salon de Genève, mars 1970, Citroën fait sensation. Aujourd’hui on dit Buzz. En effet, deux nouveautés diamétralement opposées occupent le stand du constructeur. La première est baptisée GS. Il s’agit d’une familiale passe-partout, mais dotée d’une suspension exceptionnelle. La seconde, la Citroën SM, est un coupé futuriste à la motorisation noble.

Ce coupé SM se trouve être un concentré de savoir-faire et de technologies, dont seul Citroën a le secret. Il est donc question d’un moteur noble, V6 Maserati de 2.7 litres, ou 3 litres en automatique, de suspensions hydropneumatiques, d’une traction avant, de phares directionnels ou encore d’une boîte de vitesses à 5 rapports. La Citroën SM est la GT moderne venue se mesurer aux étalons de l’époque. Comme nous le verrons plus tard, il n’y a pas foule parmi les références qui s’opposent réellement à ce coupé dynamique.

Citroën SM | Naissance du futur vaisseau-amiral français

1974 Citroën SM, sa ligne parfaite, hors du temps, ne laisse pas indifférent.

1974 Citroën SM, sa ligne parfaite, hors du temps, ne laisse pas indifférent.

Le projet démarre entre 1967 et 1968, sous les traits d’un coupé – DS raccourcies équipées ou non du moteur V6. Les essais ont eu lieu sur l’anneau de Montlhéry, celui de la Ferté Vidame n’étant pas conçu pour soutenir les vitesses atteintes par les prototypes. Ainsi, tous les éléments indispensables à la réalisation de la Citroën SM sont réunis. Le soubassement et les éléments mécaniques sont développés au bureau d’étude sous la responsabilité de Jacques Né qui travaille sur ce projet depuis son lancement en 1955. La motorisation est conçue par Giulio Alfieri de chez Maserati sous la forme d’un V6 à 90°. Quant à la ligne du véhicule, elle est confiée au bureau de style dirigé par Robert Opron.

À la base, le projet du coupé sport reprenait le bon vieux moteur à arbre à came latéral issu de la Traction 11 BL. Mais le rachat de Maserati par Citroën fit pencher la balance pour un beau V6. Les protos se succédèrent et les premières caisses de SM furent livrées par Chausson en 1969 afin de réaliser les différents essais (performance, endurance, crash test, etc.).

Citroën SM, l'origine de sa suspension hydropneumatique.

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Le moteur de la Citroën SM n’est pas un V8 amputé de 2 cylindres

1974 Citroën SM, le V6 Maserati est caché par les accessoires Citroën.

1974 Citroën SM, le V6 Maserati est caché par les accessoires Citroën.

Tout d’abord, mort d’un mythe. Non, le V6 Maserati C114 n’est pas un V8 auquel on aurait enlevé deux cylindres. C’est faux et archi-faux. Alfieri a véritablement construit un V6 pour la Citroën SM. Arrêtons donc de colporter cette information fantaisiste ! Pour autant, une ouverture de 90° est plutôt rare, un V6 étant de préférence ouvert à 60°. Toutefois, pour Robert Opron pas question d’affubler le capot de la SM d’une bosse disgracieuse en raison de l’angle du V6. Et c’est tant mieux. La ligne n’en reste que plus belle.

Ensuite, les premiers V6 furent livrés en 1968 et installés dans cinq prototypes de DS raccourcies, mais jamais sur un châssis de Traction. Ceci étant posé, reprenons le cours de notre SM. Ainsi notre véhicule profite d’un moteur noble pour une carrosserie et un châssis qui ne le sont pas moins. Le trio infernal – Jacques Né (châssis), Giulio Alfieri (moteur), Robert Opron (dessin carrosserie) – a réalisé un chef-d’œuvre, une symphonie automobile qui laisse un goût d’inachevé. Si certains ont surnommé la Citroën SM « Sa Majesté », nous préférons « Symphonie Macabre ». L’aventure commence en effet comme un conte de fée et se termine comme un drame shakespearien.

Citroën SM, un V6 a l'ouverture surprenante.

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Citroën SM et technique

1974 Citroën SM, les fameuses sphères des Citroën qui font la différence de tenue de route.

1974 Citroën SM, les fameuses sphères des Citroën qui font la différence de tenue de route.

La Citroën SM fut présentée en mars 1970 au salon de l’auto à Genève avec la configuration suivante :

De 1970 à 1972
• un moteur V6 à 90° de 2670 cc développant 170 chevaux à 5500 tr/mn,
• un couple de 235 Nm à 4000 tr/mn,
• deux arbres à came en tête,
• trois carburateurs double corps type SB et 01SB.

Puis, de 1973 à 1975
• 178 chevaux à 6250 tr/mn,
• couple de 237 Nm à 4000 tr/mn,
• injection électronique Bosch D-Jetronic type SC.

Dans les deux cas, nous avons une boîte à 5 rapports et un embrayage monodisque à sec.

Les modèles équipés de boîte automatique à 3 rapports ont une cylindrée de 2965 cc (moteur de la Maserati Merak) développant 180 chevaux à 5720 tr/mn pour un couple de 250 Nm à 4000 tr/mn. Ces modèles sont dotés d’un échappement à oxydation pour répondre aux normes anti-pollution. La Citroën SM est pourvue de 4 roues indépendantes et d’une direction à crémaillère assistée à rappel asservi (DIRAVI). Il s’agit d’une direction hydraulique à assistance variable en fonction de la vitesse et à rappel asservi en ligne droite. Sa suspension est hydropneumatique de série. Le freinage est confié à des freins inboard (montés en sortie de boîte à vitesse) à l’avant et disques à l’arrière. La vitesse oscille entre 220 et 228 km/h selon la motorisation et la transmission.

À noter qu’en 1974, Alfieri élabore un prototype de SM à moteur V8 de 260 chevaux. Mais la direction de Citroën en refuse le développement.

Citroën SM, qu'est-ce que le DIRAVI.
Citroën SM, un éclairage particulier pour une voiture exceptionnelle.
Citroën SM, les innovations de sa conception.

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Le choix des couleurs

Dix-huit teintes sont disponibles :

  • Beige Tholonet – AC085 – 1973-1975
  • Blanc Meije – AC088 – 1971-1975
  • Bleu Delta – AC 640 – 1974-1975
  • Bleu de Brégençon – AC637 – 1973
  • Bleu d’Orient – AC616 – 1972-1973
  • Bleu Platine – AC632 – 1971
  • Brun Roquebrune – AC430 – 1974-1975
  • Brun Scarabée – AC427 – 1972-1975
  • Gris Largentière – AC082 – 1974-1975
  • Gris Nacré (pouvait recevoir un toit noir) – AC095 – 1971-1973
  • Feuille Dorée – AC319 – 1971
  • Noir – AC200 – 1971-1975
  • Or de Simiane – AC326 – 1973-1975
  • Rouge de Grenade – AC426 – 1972
  • Rouge de Rio (pouvait recevoir un toit Gris Nacré) – AC424 – 1971
  • Sable Métallisé – AC318 – 1971-1972
  • Vert Argenté – AC527 – 1972-1975
  • Vert des Tropiques – AC525 – 1971-1972

La Citroën SM sous toutes ses formes

1973 Citroën SM Opéra seulement 7 exemplaires

1973 Citroën SM Opéra, Beige Tholonet / Brun Scarabée, seulement 7 exemplaires. ©Philippe Beugin

Nul n’est prophète en son pays. C’est vrai en ce qui concerne la Citroën SM. En effet, la moitié de la production est partie à l’étranger. Aux États-Unis, Jerry Hathaway est un inconditionnel de la marque au double chevron. Il a même réalisé un pick-up en un seul exemplaire sur base SM. Jerry possède une autre SM qui lui sert à battre les records de vitesse.

Quelques carrosseries spécifiques

Citroën SM Présidentielle 3 PR 75 vue trois quarts avant droit

Citroën SM Présidentielle 3 PR 75 vue trois quarts avant droit.

Outre le coupé que nous connaissons, la Citroën SM a reçu quelques carrosseries spécifiques. La plus emblématique est la version créée pour la Présidence de la République française. Commandée par Georges Pompidou – grand amateur de voitures – elle est réalisée par Henri Chapron. Les 2 et 3 PR 75. Il s’agit d’un modèle à 4 portes découvrable. Sa longueur est de 5600 mm pour un poids de 1780 kg (1450 kg de base). La capote est électrique.

Le moteur de 2670 cc est équipé d’une boîte spéciale permettant de rouler à vitesse réduite. L’empattement est allongé de 520 mm, le porte-à-faux arrière de 190 mm et l’arrière s’élargit de 100 mm. Cet élargissement a permis d’implanter un strapontin pour l’interprète faisant face aux personnalités. La première sortie officielle eut lieu pour la visite de la Reine Élisabeth d’Angleterre le 15 mai 1972. Les deux Citroën SM sont toujours la propriété de la Présidence française.

Citröen SM | Chapron, Heuliez et Tissier

Citroën SM Mylord vue de l'intérieur

Intérieur tout en cuir vert pour une Citroën SM Mylord.

En parallèle, Chapron réalise un cabriolet SM, la SM Mylord. Il n’en reste plus que 7 sur les 8 exemplaires fabriqués. Attention, de nombreuses copies plus ou moins conformes à l’originale circulent. Le second modèle Chapron est l’Opéra. Une SM à quatre portes. Seuls 7 modèles existent. Enfin, Heuliez a présenté une étude lors du Salon de Paris en 1971 : la SM Espace. Il s’agit d’un système, breveté par Heuliez, de toit en deux parties appelé « T-Roof ». Deux modèles de cette variante existent.

Citroën SM, récapitulatif des 7 SM Opéra - 4 portes.

Pierre Tissier a réalisé un plateau porte-voiture à cinq essieux, dont quatre à l’arrière, en un seul exemplaire. On notera aussi les Citroën SM fiabilisées par Georges Regembeau grâce à des modifications de son invention. Celles-ci ont porté, outre la fiabilité, sur la performance et la consommation. Ainsi, une version carburateur offrait 240 chevaux (170 d’origine) et une version injection 250 chevaux. Quant à sa voiture personnelle, elle développe 300 chevaux. Pour terminer, Jean-Michel Gallet et son fils Nicolas proposent des Citroën SM entièrement revues et corrigées. Certains puristes vont crier au scandale, mais il faut admettre que les modifications apportées sont de grande qualité et d’une fiabilité à toute épreuve. Nous traitons plus loin dans notre article le cas Gallet. Nous l’avons d’ailleurs rencontré en 2019 lors du 4e Concours d’Élégance Suisse au Château de Coppet.

Si vous êtes attentif, vous pouvez croiser aujourd’hui encore, de vénérables Citroën SM sur les routes ou les voir plus simplement dans des showrooms.

Quand la Citroën SM s’est frottée à la compétition

Citroën SM Chassueil Migault vue face avant

Citroën SM de Guy Chasseuil et François Migault qui a couru sur le circuit de Spa-Francorchamp.

Citroën s’est, de tout temps, risqué à la compétition. Guy Chasseuil et François Migault ont piloté une Citroën SM sur le circuit de Spa-Francorchamps. Ce véhicule, engagé par Guy Ligier, courait en Gr 1. Les seules modifications apportées étaient des pneus Michelin Racing TB 5. Alors que l’équipage se trouvait en 5e position, le pneu arrière droit éclata et la voiture sortit de la route. Le train avant fut endommagé et ce fut l’abandon. Guy Ligier ne voulut pas en rester là. Mais les décisions directoriales de Citroën le stoppèrent net dans son élan. Le véhicule participe encore au Rallye du Maroc en 1971 et à la Ronde Hivernale de Chamonix en 1972 et 1973. Un proto raccourci tenta sa chance sur le Rallye du Bandama en 1973. Mais les prémices d’un arrêt de la production flottaient déjà dans l’air et aucun développement pour la compétition ne fut entrepris.

La Citroën SM face à la concurrence entre 1970 et 1972

Citroën SM et la concurrence entre 1970 et 1972.

Citroën SM et la concurrence entre 1970 et 1972. Cliquez sur la photo pour agrandir

Lorsque la SM arrive sur le marché en 1970, qui doit-elle affronter ? Rappelons qu’il s’agit d’une GT moderne, sophistiquée et innovante. Grâce à la mémoire automobile, nous nous sommes plongés dans les anciens catalogues de la Revue Automobile suisse. Surprise ! Il y a quelques coupés intéressants. Toutefois, aucun ne rivalise réellement avec la Citroën SM. La plupart ont des alimentations à carburateur. Les architectures sont classiques. Nous avons donc réalisé un tableau récapitulatif de quelques modèles qui auraient pu faire de l’ombre à la Citroën SM. Seule véritable concurrente, en termes de performances, la Porsche 911 S. En revanche, le confort est plus spartiate et l’on ne peut même pas envisager de faire entrer deux adultes à l’arrière. La BMW 2800 CS aurait pu être une concurrente en termes d’habitabilité. Mais pas pour la tenue de route.

La spécificité de la Citroën SM est de combiner le style routière – comme la 2800 CS ou la Commodore GS/E – avec le style GT – comme la Porsche 911 ou la Fiat Dino – ce qui en fait une auto à part dans la jungle des sportives. Nous n’avons pas parlé de la Toyota 2000 GT en raison de son extrême confidentialité en Europe.

Pourquoi la Citroën SM n’aurait pas dû mourir en 1975

1974 Citroën SM, un vaisseau intemporel pour de longs trajets sur route et autoroute, même après son demi-siècle.

1974 Citroën SM, un vaisseau intemporel pour de longs trajets sur route et autoroute, même après son demi-siècle.

Crise pétrolière et limitation de vitesse ?

1974 Citroën SM, l'immense bulle arrière offre une visibilité parfaite malgré son inclinaison.

1974 Citroën SM, l’immense bulle arrière offre une visibilité parfaite malgré son inclinaison.

Cette belle GT française n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. Mais qui a tué la Citroën SM ? La réponse officielle est la crise pétrolière et l’instauration des limitations de vitesse. On peut oublier cette explication rapide. La crise n’a jamais empêché les autres constructeurs de produire des GT et des berlines haut de gamme pendant et après cette période. Comme exemple, la De Tomaso Pantera qui fut présentée en avril 1970 au Salon de New York et dont la production s’arrêta en 1995.

La Lamborghini Countach fut dévoilée en 1972 à Genève et termina sa carrière en 1989. Et que dire du Range Rover, dévoilé en 1970 et toujours de ce monde. Dans le domaine sportif, et en pleine crise pétrolière, BMW présenta à Francfort en 1973 sa 2002 Turbo. Prévue à 1000 exemplaires, ils durent en fabriquer 1672 pour satisfaire les passionnés. Et la Mercedes 450 SEL 6.9 apparue juste après la crise en 1975.

Dans un autre domaine encore, nous pouvons ajouter le Range Rover V8, lui aussi présenté en 1970 et dont les ventes, lors de la crise pétrolière, n’ont absolument point chuté. Voici un petit aperçu des ventes : 1970 : 1567 unités (SM : 868), 1973 : 7107 unités (SM : 2619) et 1975 : 10 585 unités (SM : 115). Qui a dit que la crise pétrolière a tué les véhicules gourmands en énergie fossile ?

Politique interne Citroën et manque de personnel qualifié

1974 Citroën SM, les portes s'ouvrent largement, attention dans les parkings.

1974 Citroën SM, les portes s’ouvrent largement, attention dans les parkings.

Donc, oublions la crise pétrolière et les limitations de vitesses comme exécuteurs de la Citroën SM. Cherchons plutôt du côté de la direction de l’époque. Peugeot vient de racheter Citroën, à Michelin, en faillite. En outre, Peugeot, en collaboration avec Renault et Volvo, a mis au point le V6 PRV. Donc deux V6 dans la même maison, cela fait désordre. En plus, le V6 Maserati est reparti en Italie chez De Tomaso. Et puis, il va y avoir la 604, puis la 504 coupé et cabriolet en motorisation V6. Cela semble une des raisons plausibles de l’abandon de la SM. 

Une autre raison vient du réseau Citroën lui-même. La SM sort des standards de fabrication de Citroën. Aussi l’équipe dirigeante du constructeur aurait peut-être dû, avant le lancement officiel, former des équipes spéciales pour les réglages du véhicule et du moteur. C’est délicat de faire un entretien sur un véhicule de ce type. Les moteurs italiens demandent une attention différente de ce que l’on connaît avec les marques françaises de l’époque. Le moteur d’une DS dérive de celui de la Traction, pas celui de la Citroën SM.

Les voitures de luxe ne sont plus en odeur de sainteté

1974 Citroën SM, le dessin de Robert Opron, futuriste pour son époque, reste toujours d'actualité.

1974 Citroën SM, le dessin de Robert Opron, futuriste pour son époque, reste toujours d’actualité.

À cela, on peut encore ajouter que la France n’est plus le pays des voitures de luxe. Avant les années 30, les carrossiers français attiraient les clients étrangers par leur savoir-faire et leurs luxueuses réalisations.

Depuis, la France préfère la voiture populaire comme si le luxe automobile n’avait plus le droit de cité. Alors qu’il reste la mode et la joaillerie, l’automobile doit s’expatrier ou mourir dans l’hexagone. De nombreuses GT ont connu le même sort que la Citroën SM. Les Facel Vega, l’Alpine Renault, la Venturi et d’autres encore. Heureusement que les constructeurs étrangers continuent de fabriquer des voitures de rêve pour le bien de tous. Le véhicule de luxe est une niche et la SM aurait pu s’y faire une belle place au soleil. Heureusement qu’il reste des collectionneurs amoureux de cette fabuleuse GT pour retrouver en 2020 les sensations de 1970.

Rouler au volant d’une GT française de 50 ans

1974 Citroën SM, le dessin de la console central est très épuré et n'a pas vieilli.

1974 Citroën SM, le dessin de la console centrale est très épuré et n’a pas vieilli.

Citroën SM en vente à la Galerie Toffen

1974 Citroën SM, l'harmonie de sa ligne de la poupe à la proue.

1974 Citroën SM, l’harmonie de sa ligne de la poupe à la proue.

Force est de reconnaître que la Citroën SM a toujours sa place dans la circulation en 2020. Mais, en dénicher une de bonne facture demande un peu de temps et de réflexion. Ainsi, en Suisse, une SM se négocie entre 60 000 et 70 000 CHF. Vous pouvez en trouver de meilleur marché, mais attention au suivi technique de la voiture. Nous y reviendrons plus loin.

Pour le moment, nous avons eu la chance que notre partenaire Oldtimer Galerie à Toffen possède une Citroën SM dans son espace de vente. Il s’agit d’un modèle 1974, donc à injection, revêtu d’une robe gris métallisé et d’un intérieur en cuir noir. Livrée à son premier propriétaire le 20 avril 1974, elle connaît une restauration et une révision par un spécialiste suisse pour son usage personnel. En 2012, elle rejoint la collection de son propriétaire actuel. Il s’en sépare suite à une réorganisation de sa collection. La belle cinquantenaire possède un permis de circulation Vétéran.

Citroën SM, une expérience de conduite unique

1974 Citroën SM, un morceau d'orfèvrerie : la grille de son levier de vitesses.

1974 Citroën SM, un morceau d’orfèvrerie : la grille de son levier de vitesses.

L’effet magique opère toujours lorsque l’on s’installe aux commandes. Le volant et les compteurs ovoïdes sont face à vous. Le levier de vitesse est dans sa livrée chromée. L’œil rouge vous surveille dès la mise en route du moteur. La pédale de frein est de type « champignon ». La voiture monte enfin sur ses suspensions. Tirer vers le haut le levier de vitesse pour enclencher la marche arrière. Même après 40 ans, l’alchimie est toujours là. Le V6 ronronne. Les cliquetis typiques de l’hydraulique. Les sièges cuir maintiennent peu mais sont toujours confortables. La visibilité est bonne. On est tout de même perturbé par un seul rétroviseur sur la portière gauche. La ligne est magnifique et intemporelle. Qui peut croire que cette GT fête ses cinquante ans ?

Surprise : la course de l’embrayage de notre Citroën SM est importante. Il faut se réhabituer à une course longue. Mais cela revient vite. Le passage des vitesses se fait rapidement, sans à-coups, les verrouillages sont toujours un peu fermes. La tenue de route est toujours magique. La direction réagit immédiatement. Attention à la montée en régime ! Restez attentif, car vous vous retrouvez soudain largement au-dessus de la vitesse autorisée. Les cadrans ovoïdes demandent un temps d’adaptation à la lecture. Ils sont tellement petits par rapport aux cadrans actuels. Mettre en route la radio est d’abord un jeu de patience pour trouver le bon bouton. Pour faire court, penser à l’allumer avant de partir.

Un petit air rétro fort sympathique

1974 Citroën SM, les commodos en Bakélite nous ramènent 50 ans en arrière. Notez le volant mono branche et sa jante épaisse pour l'époque.

1974 Citroën SM, les commodos en Bakélite nous ramènent 50 ans en arrière. Notez le volant mono branche et sa jante épaisse pour l’époque.

Les petits commodos en bakélite sont d’une autre époque. Tout comme les ceintures de sécurité non enroulantes. Vous risquez de vous prendre les pieds dedans, en sortant du véhicule ou en y entrant. Malgré l’inclinaison de la bulle arrière, la visibilité est excellente. Pas beaucoup d’angles morts. Toutefois, comme mentionné plus avant, l’unique rétroviseur extérieur est quelque peu déstabilisant. Si les places avant sont royales, les deux places arrière permettent tout de même à des adultes de voyager sur des distances raisonnables. Un détail qui perturbe pour sortir depuis les places arrière : aucune poignée n’est prévue pour vous aider à vous extirper de la Citroën SM. Souplesse de rigueur.

Attention au départ en week-end ou en vacances. La place dans le coffre est limitée par un gros gâteau recouvert de moquette : la roue de secours. Si vous n’êtes que deux, les places arrière suppléeront à l’exiguïté du coffre. Globalement, cette GT de 50 ans a toujours sa place sur nos routes actuelles. Elle détourne le regard des passants comme lors de son lancement. En conclusion, la Citroën SM est d’actualité même si l’entretien peut devenir un problème crucial.

Une consommation relative

1974 Citroën SM, la trappe à essence cache un bouchon muni d'un clef.

1974 Citroën SM, la trappe à essence cache un bouchon muni d’un clef.

Et que dire de la consommation ? Tout d’abord, aujourd’hui la Citroën SM est une voiture de collection. En conséquence, c’est une voiture plaisir. Il faut compter entre 9 et 12 litres en moyenne pour un style de conduite décontracté (selon les limitations de vitesse aujourd’hui). Les versions à injection, depuis 1973, apportent de la fiabilité et de la stabilité. Après, c’est une question de choix personnel entre le modèle à carburateurs et celui à injection. Ôtez-vous de la tête que ce sont les chocs pétroliers qui en ont fait une victime. D’autres marques avaient des modèles aussi performants et n’ont pas disparu de la circulation. Prenez sa cousine, la Maserati Merak, elle continua son chemin jusqu’en 1983.

Entretenir une Citroën SM en 2020

1974 Citroën SM, après 50 ans, l'ambiance à bord est toujours aussi futuriste.

1974 Citroën SM, après 50 ans, l’ambiance à bord est toujours aussi futuriste.

Faire appel à un bon mécanicien

1974 Citroën SM, un dessin curieux pour son unique rétroviseur qui, néanmoins, fait parfaitement son office.

1974 Citroën SM, un dessin curieux pour son unique rétroviseur qui, néanmoins, fait parfaitement son office.

L’entretien d’une Citroën SM n’est pas à la portée de tout mécanicien. Ce fut l’un des reproches exprimés par les propriétaires de ces véhicules. Si pour tout ce qui touchait à la technique Citroën pure – hydraulique, boîte à vitesse ou freinage – il n’y avait aucun problème, en revanche le moteur Maserati était le point délicat. Le réseau Citroën, à l’époque, n’était pas formé correctement pour offrir un service après-vente de qualité. Une révision importante devait avoir lieu tous les 60 000 kilomètres : le remplacement des chaînes de distribution. Elles sont au nombre de 3. La primaire est la plus délicate. Elle entraîne les deux autres chaînes, la pompe hydraulique, l’alternateur et le compresseur de climatisation. Les versions à carburateurs (3 carburateurs double corps) sont plus délicates à régler.

En conclusion, rouler en Citroën SM n’est pas une malédiction. Vous devez vous assurer les services d’un garagiste compétent – il en existe plusieurs en Suisse – et suivre scrupuleusement le carnet de service. Sinon, vous allez au devant de biens des déboires financiers.

À quoi faire attention lors de l’achat d’une Citroën SM

1974 Citroën SM, la rampe de phares sous glace. Les projecteurs intérieurs pivotent avec le volant comme sur la DS.

1974 Citroën SM, la rampe de phares sous glace. Les projecteurs intérieurs pivotent avec le volant comme sur la DS.

Quelques remarques qui vous donneront confiance lors de l’achat d’une Citroën SM. Sous le capot moteur, les sphères sont apparentes. Comme sur notre modèle d’essai – voir photo – deux sphères arborent un rond de couleur. À l’époque, elles étaient directement reconditionnées à l’usine et possédaient des membranes de qualité. De plus, elles doivent être vissées, et non soudées, comme à l’origine. Lors de sa mise en route, la Citroën SM se dresse d’abord sur ses roues avant, puis sur ses roues arrière, sans aucun bruit. Les portières ne doivent pas présenter de jeu. Elles se referment d’un claquement sec et ne doivent offrir aucun espace dans l’encadrement. Enfin, contrôlez le carnet d’entretien et les factures pour vous assurer d’un suivi constant auprès d’un spécialiste. Un carnet mal rempli, des factures manquantes peuvent vous entraîner dans des frais gargantuesques.

Mieux vaut payer un peu plus cher une SM qui présente un historique complet, peut-être avec une restauration complète comme notre version d’essai, que d’en acquérir une à un prix défiant toute concurrence. En ce qui nous concerne, si nous devions acheter une SM demain, nous prendrions contact avec le Club SM de notre région ou de notre pays. Ils sont d’excellents conseils.

Un cas à part | Rencontre avec la SM2 de Jean-Michel Gallet

Citroën SM2 par Jean-Michel Gallet.

Citroën SM2 par Jean-Michel Gallet.

Nous sommes en juin 2019, le 4e Concours d’Élégance Suisse se déroule à son habitude dans le parc du Château de Coppet. Parmi les exposants, nous rencontrons Jean-Michel Gallet et son fils Nicolas. Ils présentent aux participants et au public l’une de leurs SM2. Apparemment, elle ressemble comme deux gouttes d’eau à une Citroën SM originale. Toutefois, les modifications sont bien cachées. Jean-Michel, son frère Laurent et Nicolas sont des passionnés de Citroën : DS et SM. Objectif de leur société : rendre la SM utilisable tous les jours. Pour cela, ils vont l’alléger et recentrer les masses. Puis améliorer l’accessibilité moteur pour la maintenance. Repenser le faisceau électrique, le système d’injection et modifier pour fiabiliser au maximum la voiture. Tout est mis en œuvre pour présenter un véhicule exempt de ses défauts originels. L’équipe repart de zéro. Tout est démonté.

Ce qui est source de pannes ou de problèmes est entièrement modifié. Sachez que plusieurs niveaux d’améliorations sont disponibles, dont la version ultime est la reconstruction totale de la Citroën SM. Nous aurons l’occasion de revenir, dans un prochain article, sur tous les travaux effectués par la société SM2A.

Vintage Car Magazine vous donne son avis

1974 Citroën SM, rampe de phares à l'avant, rampe de feux à l'arrière : une harmonie symétrique.

1974 Citroën SM, rampe de phares à l’avant, rampe de feux à l’arrière : une harmonie symétrique.

La Citroën SM n’a été exécutée qu’à 12 920 exemplaires entre 1970 et 1975. Alors que les fées s’étaient penchées sur son berceau, l’aveuglement directorial a eu raison de son destin. Naissance et jeunesse tumultueuse pour finir par une mort par non-assistance à voiture prometteuse. En effet, si en 1975 tous les constructeurs avaient pris une décision similaire à celle de la direction de Peugeot de l’époque, que nous resterait-il pour rêver encore aujourd’hui ? Mais le passé ne se refait pas. On ne peut que constater. Alors attachons-nous au présent et à la joie de découvrir ou redécouvrir un véhicule d’exception conçu pour de longs trajets à vitesse soutenue dans un confort remarquable.

Êtes-vous soudainement tenté par une Citroën SM ? Comme pour toutes les voitures de collection, pas de précipitation. Voyez plusieurs modèles. Contrôlez leur carnet de service. Et surtout, sachez où vous allez la faire entretenir. Plusieurs spécialistes en Suisse sont parfaitement compétents pour suivre votre nouvelle acquisition. Toutefois, le budget d’entretien est en rapport avec l’auto. Il ne faut pas faire de l’à-peu-près avec une Citroën SM.

Citroën SM, quelques personnalités qui ont possédé ce modèle.
Citroën SM, ses rencontres avec le cinéma.

Quelques spécialistes de la Citroën SM en Suisse :

Garage du Lac Crescia SA – 2072 St Blaise
City Garage José Dula – 1784 Courtepin
Häfliger & Kunz AG – 4658 Däniken
Christophe Maillard – 1038 Bercher

Remerciements à :

Jean-Charles Dufeu, membre du SM Club de France pour son aide précieuse relative aux informations techniques sur ce dossier.
SM Club de France pour les données sur les SM Opéra.
Philippe Beugin pour les photos des SM rares et désirables de sa collection.

Les illustrations de cet article sont Copyright © de leurs ayants droit. Tous droits réservés ©2020 Vintage Car Magazine/Photos JPP – ©Philippe Beugin.